Conférences de prestige – Emmanuel Pedler (EHESS, France)

Les 30 et 31 octobre, 1 et 2 novembre 2017, Faculté de musique, Université de Montréal

Dans le cadre de leur cycle de conférences de prestige annuelles, la Faculté de musique et l’OICRM invitent le sociologue Emmanuel Pedler. Ses conférences porteront notamment sur la sociologie de la musique de Max Weber -, sur les instruments de la musique ancienne -, les faits musicaux en leurs contexte, avec quelques considérations méthodologiques et épistémologiques – et, finalement, sur l’opéra à distance.

 

Horaire des conférences

Lundi 30 Octobre (13h-16h) – salle à venir

« L’Opéra à distance »

Une production lyrique capturée numériquement est-elle encore un opéra ? Parle-t-on de la même chose lorsque cette production est proposée sur scène ou à distance ? Lorsque sa taille varie du simple (La voix humaine de Francis Poulenc) au décuple (pour la majorité des opéras romantiques et post-romantiques) ? N’y a-t-il rien à dire des captations numériques ? Faut-il en conséquence se focaliser exclusivement sur les performances scéniques, matrices originelles et authentiques du genre canonique ? En explorant les porosités entre l’opposition catégorique performance/captation j’essaierai de faire la preuve de la pertinence d’une vision continuiste des productions symboliques en montrant que le cinéma, les captations télévisuelles ou vidéographiques livrent, contre toute attente, un éclairage réflexif précieux sur les fondements de la pratique lyrique et ne constituent pas la face pauvre et dévoyée de la manière dont l’opéra s’implémente aujourd’hui.

 

Mardi 31 octobre (16h30-19h30) – salle B-421

« Les instruments de la musique ancienne »

Conférence ouverte au public 

Dans cet esprit, il s’agira d’explorer comment les musiques anciennes ont mobilisé des savoir-faire organologiques afin de faire advenir leurs projets musicaux. M’intéressant à ce que la sociologie beckerienne identifie comme de simple « personnels de renfort », je montrerai sous quelles formes l’activité musicale – très fréquemment multitâches – a pu se déployer grâce au déploiement d’instruments rationalisés, de dispositifs variables (l’orchestre corrélien étudié Louise Stein par  exemple). De l’orgue « alla moderna » aux mutations modernes du violon (cordages et archets pour l’essentiel) en passant par celles des clavecins, pianofortes et pianos modernes, quelques exemples seront évoqués afin de décrire quelques métamorphoses organologiques remarquables.  

 

Mercredi 1 Novembre (16h30-19h30) – salle à venir

« La sociologie de la musique de Max Weber »

La traduction française et la réactualisation de la sociologie de la musique de Max Weber (Sociologie de la musique, Métailié, [1921] 1998) a ouvert une nouvelle ligne de recherche pour la sociologie et l’anthropologie de la musique. A partir d’une approche compréhensive des faits musicaux, cette sociologie explore les façons dont les projets artistiques s’instrumentent sans avoir à les qualifier autrement que par leur capacité à déployer un dessein expressif et à le mettre en œuvre. Cette approche propose de confronter quelques idéaux-types (les formes rationalisées des échelles musicales, des instruments et des notations, mais pas seulement) à la description située des pratiques. Compatible avec les anthropologies pragmatistes, cette ligne de recherche entend réintroduire les dimensions historiques des façons de « faire la musique », au cœur de la description.

 

Jeudi 2 Novembre (9h-12h) –  salle à venir

« Les faits musicaux et leurs contextes : quelques considérations méthodologiques et épistémologiques »

En apprenant à se méfier de l’usage de catégories dichotomiques essentialisantes – musique savantes versus populaires par exemple – les jeunes chercheurs découvrent un impératif méthodologique cardinal : comment décrire à nouveaux frais des évènements, pratiques, acteurs que l’on a préalablement étiquetés et qualifiés, ce qu’il est, bien souvent, impossible de ne pas faire ? Si une attention première doit ainsi être apportée à la manière dont se déploie les langues d’idées que sociologues, anthropologues, historiens et musicologues pratiquent, chaque chercheur doit avant tout faire un constant retour critique sur les notions qu’il utilise et sur les concepts qu’il forge pour armer sa description. Mais la première essentialisation porte sur la manière dont on choisit d’isoler un registre d’action – faire (de) la musique, par exemple – en le sortant du continuum des pratiques qu’elles soient politiques, genrées, économiques ou simplement sociales (faire société). Une posture continuiste peut ainsi être adoptée pour déjouer les pièges auxquels succombent les sociologies spontanées. 

 

Biographie

Emmanuel Pedler est Directeur d’études à l’EHESS et membre du Centre Norbert Elias à Marseille. Ses recherches portent sur la sociologie de la culture et de la communication, la sociomusicologie, la sociologie des institutions artistiques savantes et l’épistémologie des méthodologies en sciences sociales. Il a réalisé de nombreuses publications sur les publics des musées, de l’opéra et du music-hall. En collaboration avec Jean Molino, il a produit une traduction française annotée de la Sociologie de la musique de Max Weber (Paris, Métailié, 1998).

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