Conférences

2021-2022

Conférence de prestige, Andrea Bohlman
« Homemade Flexidiscs and the Everyday: Bootlegging Vinyl in the People’s Republic of Poland »
Mardi 12 octobre 2021, 9h, Zoom

Cette présentation est consacrée au trafic de disques produits dans une économie parallèle en république populaire de Pologne vers les années 1950-1980. Les feuilles de polyéthylène appelées « cartes postales sonores » étaient copiées à partir de vinyles 45 tours sur des équipements assemblés par de petits entrepreneurs à partir de déchets d’usine, de systèmes hi-fi et autres technologies non-audio. Ces produits faisaient l’objet d’une véritable contrebande : des ingénieurs autodidactes installaient l’équipement dans des sous-sols et des garages d’autres individus pour de modiques sommes, se procuraient du plastique et d’autres matériaux par le biais d’échanges informels à travers la frontière est-allemande et distribuaient les produits clandestins dans des kiosques. Leur contenu sonore – des musiques populaires mainstream et banales telles que le rock‘n’roll anglais, le Schlager européen, l’Estrada soviétique et les groupes de polka américains – peut sembler assez mondain par rapport aux tropes sensationnelles de la guerre froide auxquelles les récits des musiques socialistes sont associés. Or, je conçois ces objets en tant qu’artéfacts multisensoriels de l’écoute quotidienne au temps du communisme. Le matériel d’archive que j’explore à travers les conversations avec des interlocuteurs dont l’enfance a été marquée par ces objets est rempli d’objets uniques. Certains enregistrements sont ornés de notes rédigées à la main alors que d’autres contiennent des messages vocaux. Plusieurs feuilles de plastique monochromes sont renforcées par du papier cartonné recyclé que les petits entrepreneurs récupéraient à partir de supports publicitaires. Ainsi, ma présentation situe ces flexidiques dans une écologie politique extrêmement locale en ce qui a trait à la culture sonore et visuelle, mais relie le stockage culturel et historique – au-delà des sons – à des questions plus larges sur la place des flexidisques dans la culture du vinyle.

Conférence de prestige, Fanny Gribenski
« Accorder le monde. Musique, science, industrie et politique (XIXe-XXe siècles) »
Mardi 26 octobre 2021, 9h, Zoom

La détermination d’une mesure unifiée pour la musique a été l’objet de nombreux débats, au centre d’intenses négociations entre pays et domaines d’expertise. Reflets de l’importance de ces échanges et de ces pratiques, des archives et collections à travers le monde conservent une riche documentation remontant au début du XIXe siècle, qui permet de reconstituer les discussions et les pratiques qui ont mené à l’adoption du ton du diapason la 440 lors d’une conférence internationale organisée à Londres en 1939. Pour l’essentiel, ces sources sont demeurées inexplorées et aucune étude n’a jusqu’ici éclairé la création de cette mesure. Alors que les historiens des sciences ont montré le caractère conventionnel des standards, en analysant les contingences historiques de leur production, l’histoire du la 440 n’a pas retenu l’attention des chercheurs, et apparaît souvent comme une pratique avantageuse, et allant de soi. À partir d’une combinaison de perspectives issues de la musicologie, des sound studies, de l’histoire transnationale, et des études de sciences, ma recherche offre un prolongement sonore aux travaux sur l’histoire des standards scientifiques et techniques, et met en évidence les champs d’expertise et les acteurs impliqués dans la détermination de la 440, ainsi que les outils, stratégies et politiques déployées pour mesurer, contrôler et réguler les fréquences sonores. Pourquoi la standardisation du diapason est-elle devenue un sujet de préoccupation au début du XIXe siècle ? Quels sont les acteurs et les pays qui furent investis d’une autorité pendant les négociations ? Et quelles sont les procédures qui ont gouverné l’adoption de ce standard. En répondant à ces questions, ma communication mettra en lumières les contingences qui ont sous-tendu la construction historique du diapason de concert la 440 et reconstituera les réseaux qui se sont littéralement efforcés d’accorder le monde.

Conférence de prestige, Nicolas Donin 
« 
Analyser les processus de création musicale : joies, limites et alternatives »
Mardi 9 novembre 2021, 9h, Zoom

Au cours des vingt dernières années, j’ai placé sous la bannière de « l’analyse des processus de création musicale » tout à la fois une partie de mes recherches individuelles, plusieurs programmes de recherche abrités dans mon laboratoire, et une conférence internationale réunissant tous les deux ans des chercheur·e·s de domaines aussi variés que la philologie, la psychologie cognitive, la recherche-création ou l’informatique. S’il me paraît difficile de synthétiser en une conférence toutes les hypothèses et réalisations de cette communauté de recherche plus ou moins formalisée, il m’est au moins possible de souligner quelques-unes des lignes de force qui, pour moi, ont fait sens de manière récurrente au fil de mes travaux individuels et collectifs. Des joies, comme celle d’inventer des dispositifs de recherche adaptés à un objet complexe et évolutif. Des limites, comme celle d’une analyse musicale se dissolvant dans d’interminables descriptions. Et des alternatives, ou suggestions de prolongement, pour le présent et le futur.

Conférence de prestige, Alejandro L. Madrid
« Making an Archive and Listening to It. The Performativity of Archiving/Archival Labor »
16 novembre 2021, 9h, Zoom

Cette présentation se fondera sur une analyse de l’exposition sonore Critical Constellations of the Audio-Machine in Mexico présentée à la gallerie Krunstraum Kreuzberge/Bethanien de Berlin dans le cadre du festival CTM 2017. Elle portera une réflexion quant aux implications politiques de la construction et de la déconstruction des archives. Ainsi, il sera question d’observer la manière dont Carlos Prieto, le commissaire de l’exposition, introduit le chaos dans les archives afin d’en désactiver les récits nationalistes constituants du canon de la musique mexicaine pour les réarticuler de façon rhizomatique et inédite par un engagement actif avec la corporalité de l’auditoire. À cet égard, j’explorerai comment l’éloignement peut ouvrir de nouvelles voies vers une reconfiguration postnationale des politiques du corps. Je montrerai que le travail d’archivage/archivistique entrepris par Prieto engendre une économie libidinale qui, en accord avec les théories de Deleuze et Guattari sur la schizophrénie, peut éventuellement fournir les conditions épistémiques vers de nouveaux ordres socio-personnels.